40 % d’exclus au sein de la 5ème puissance mondiale
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40 % d’exclus au sein de la 5ème puissance mondiale

Mocho / Pixabay

Le constat qui a présidé à la commande par Mounir Mahjoubi du rapport sur la mise en œuvre d’une stratégie nationale pour un numérique inclusif est sans appel :
– 13 millions de Français se sentent en difficulté face au numérique,
– 40 % sont réticents à l’idée de réaliser leurs démarches administratives en ligne alors que l’objectif affiché par le Président de la République est que 100 % des démarches administratives soient dématérialisées en 2022.

Remis en mai 2018, ce rapport est le fruit de 25 ateliers territoriaux, l’audition de plus de 150 structures, plus de 300 contributions écrites et 10 000 visiteurs sur la plateforme entre janvier et mars 2018.

Mais cet intérêt de l’État pour la « fracture numérique » et les « laissés pour compte de l’Internet » n’est pas nouveau. Ce sujet revient sur le devant de la scène alors qu’il est évoqué depuis déjà plusieurs années. Ainsi, un ouvrage de 2010, proposé par Sally Wyatt, intitulé « Les non-usagers de l’internet. Axes de recherche passés et futurs » constatait : « À la fin des années 90 et au début du XXIe siècle, la fracture numérique avait été l’objet de vastes enjeux politiques. Les décideurs politiques s’intéressaient aux individus, aux groupes sociaux et aux pays qui commençaient à connaître l’exclusion sociale, politique et économique, produite par l’absence de connexion numérique. (…) Certains chefs d’État ont exprimé de vives inquiétudes, craignant le développement d’inégalités sociales si la « fracture numérique  » devait augmenter. »

Les précédents gouvernements s’étaient aussi saisis du sujet : « À titre d’exemple, Ordi 2.0, qui est un programme du plan France numérique 2012-2020, permet à chaque personne de disposer d’un équipement. En régions, la chaîne comporte des donateurs (collecte du matériel informatique usagé), des facilitateurs (gestion), des reconditionneurs (chargés de donner une deuxième vie au matériel informatique), des recycleurs (en charge de la fin de vie du matériel usagé) et des bénéficiaires. »

Cependant, jusqu’à présent, les moyens alloués restaient modestes comme le souligne cet article de La Tribune de 2016 (le Secrétaire d’État était alors Président du Conseil National du Numérique). Compte tenu des critiques qu’il exprimait à l’époque, il se devait avec ce nouveau rapport d’être plus ambitieux.

Comme tout rapport qui se respecte, il dresse un tableau alarmant de la situation, émet un certain nombre (voire un nombre certain) de recommandations et annonce que la démarche, itérative et dynamique, va se poursuivre. La situation est donc pratiquement sous contrôle.
Le rapport distingue également trois niveaux :
– les urgences numériques,
– l’inclusion numérique,
– la montée en compétence numérique,

afin d’adapter les solutions aux différents profils d’individus en difficulté face au numérique.

Ces recommandations (pour ne citer que les principales) se résument en une dizaine de points :

– Outiller les collectivités locales avec la mise à disposition d’une plateforme en ligne,
– Mettre à disposition un kit d’intervention rapide pour les aidants numérique,
– Disposer pour chaque service public dématérialisé de sites « miroir »,
– Soutenir le développement et l’attractivité des métiers de la médiation numérique,
– Agréger des moyens publics et privés dans le cadre d’une mobilisation collective de type « Fonds de soutien pour l’inclusion numérique »,
– Déployer nationalement le dispositif de « chèque culture numérique »,
– Favoriser l’émergence de structures interdépartementales sur l’inclusion et les cultures numériques,
– Inscrire l’inclusion numérique dans les instances de dialogue pré-existantes au niveau territorial en privilégiant une gouvernance articulée autour de trois échelons(national, intermédiaire et local),
– Mettre en place un événement national « Numérique en Commun » dédié à l’inclusion et aux cultures numériques.

Bien peu de choses 😉 donc qui dépendent notamment, rappelons-le, de la couverture en haut débit du territoire (voir mon article sur le sujet) prévue également à horizon 2022.

Les rapporteurs et la mission société numérique ont aussi identifié les facteurs clés de succès qui sont liés à l’animation et le pilotage de la stratégie nationale par une mission dédiée permettant l’articulation et la mise en cohérence des travaux menés.

S’il y a un reproche qu’on ne peut pas faire au secrétariat d’Etat au Numérique et au gouvernement, c’est de manquer d’idées et de projets dans le domaine du numérique. Depuis la mise en place du gouvernement Macron, les appels à projets, les appels à manifestations d’intérêt, les rapports ou enquêtes se succèdent.

Montaigne disait « Savoir est peu de chose, l’essentiel est de savoir tirer parti de ce que l’on sait. » Si en plus, on sait plein de choses…

Pour quels résultats ? Nous le saurons en 2022  😉

Le rapport sur l’inclusion numérique : rapport pour un numérique inclusif

Plaquette de synthèse : DP-Numerique-inclusif

Voir aussi le site de We Tech Care qui est fortement impliqué dans des démarches d’inclusion numérique : http://wetechcare.org

Et les cahiers de l’inclusion numérique : https://www.inclusion-numerique.fr